Le Chteau - L'Avouerie - Le Donjon

 

Le Château : Entre moellons et chêne, l’harmonie des tours carrées

Accolé au donjon, le robuste corps de logis fut achevé en 1648 par Godefroid d'Antine et son épouse Elisabeth de Fraipont comme en témoigne encore, bien que très abîmée, une pierre armoriée de la façade Est.

Le Corps de LogisFlanquée de deux tours carrées, l'actuelle façade est harmonieusement composée de quatre travées de baies probablement jadis à meneau au rez-de-chaussée, et à croisée à l'étage.

Les combles sont aérés sur trois demi niveaux par de petites ouvertures. Un premier incendie en 1835 détruisit les deux tours Nord, une partie du corps de logis,- raison pour laquelle le mur côté jardin en moellons de calcaire et de grès ne compte aucune fenêtre - et les toitures.

 En 1897, ce fut la grande porte d'accès vers la cour ainsi que toutes les dépendances entre le château et la ferme Saint-Laurent qui s'envolèrent en fumée.

Le Corps de LogisPour s'imaginer le volume initial du bâtiment, il faut considérer que le château actuel représente encore environ 60% de celui construit par Godefroid d'Antine.

Quoique fort dépouillé, l'intérieur révèle quelques splendeurs du passé. Au rez-de-chaussée, chacun peut observer un superbe carrelage original en galets oblongs posés sur champ,  dans l'ancien hall d'entrée donnant sur la cour,- dont la porte vient d'être réouverte grâce aux subsides obtenus dans le cadre de l'opération «Portails et Portiques» de la Région Wallonne (une réalisation de l'architecte Thierry Boinem) -,  mais aussi  dans le hall donnant accès aux étages. Cette pièce dégage une impression de puissance  par la présence de portes en chêne à encadrement calcaire, de murs épais et du monumental escalier du XVIIe siècle,  toujours en chêne et aux balustres en fuseau,  d'ailleurs exprimé par le mot wallon «monteye» dans le dictionnaire liégeois de Jean Haust.

Le Corps de LogisA l'étage de l'une des tours, le visiteur est surpris de découvrir des latrines jumelées et, dans la grande salle, une belle toile de 1895 représentant le village en 1669, exécutée d'après un dessin de Baldi, le peintre-architecte de Cosme III de Médicis. Il ne faut pas quitter le château sans avoir observé la beauté et la qualité des charpentes et s'être interrogé sur la porte redécouverte récemment (1993) au premier étage du donjon, côté Est. Etait-ce un accès au premier apparte­ment confortable d'Elisabeth de Fraipont?

Cette ouverture creusée dans l'épaisseur du mur donne accès au premier étage de la «brassine», le bâtiment prolongeant le donjon. Autrefois dépendance de l'Avouerie, cette maison était,  à l'origine,  deux modestes habitations du milieu du XVIIe siècle.

S'ouvrant sur la cour, la façade initiale est dans le même style architectural que la partie du château qui lui est perpendiculaire. Conçue sur deux niveaux en brique et calcaire sur un soubassement appareillé, on peut encore observer aujourd'hui l'emplacement en son centre de portes jumelées actuellement obturées.

Certaines informations,- non encore vérifiées -, situent la construction de ce bâtiment en 1642, date de l'érection des vastes dépendances du château, aujourd'hui fortement défigurées, des bergeries, et d’une basse-cour principalement, qui devinrent, au début d XXe siècle, les petites maisons ouvrières de la Place du Vieux Château.

 

L’Avouerie, une institution complexe dirigée par l’Avoué

L'AvouerieLa notion d'«Avouerie» nous reporte à la période carolingienne. Dans un monde guerrier, l'«Avouerie» était  une institution de protection d'un bien ecclésiastique dont l' «Avoué» n'était pas propriétaire, mais aussi une institution de défense militaire et judiciaire. Cette  fonction d’«Avoué» était  de haut rang, et, par ailleurs,  nullement incompatible avec un titre de noblesse.

L'Eglise avait trois solutions pour défendre ses biens : créer sa propre milice (solution trop onéreuse pour le clergé séculier) ;  se placer sous la protection d'un seigneur de haut rang ;  ou enfin, composer avec le Roi.

Anthisnes fut  une terre du domaine royal jusqu'en 879 et resta propriété ecclésiastique de  946  à 1794. Les moines choisirent une sorte de voie moyenne entre une difficile autonomie militaire et une soumission au Roi, lui-même constamment menacé dans ces périodes troubles.

Les premiers «Avoués» ou «Haut-Voués» furent les Ducs de « Limbourg », ville située à un jet de pierre de Dolhain en Province de Liège. Elle leur avait été attribuée par l'Evêque de Metz dont relevaient  alors les abbés de Waulsort.  Que l’Avouerie d' Anthisnes ait été conférée héréditairement à un Duc de Limbourg, il n'y a là rien d'étonnant, celui-ci étant également le souverain de nombreuses possessions à proximité : Sprimont, Esneux, Baugnée, La Rimière, La Chapelle, Tavier et Villers – aux - Tours.

En 1250, les droits d'Avouerie furent exercés par les Comtes de Houffalize, apparentés aux Ducs de Limbourg et aux Comtes de Luxembourg. Par une charte de 1292, Jean ler, Duc de Brabant après avoir conquis le duché de Limbourg par sa victoire à la bataille de Woeringen, accorda la Haute Avouerie à son fidèle chevalier, Thomas-Corbeau de Villers, qui prit  le nom de Thomas­ Corbéal d'Antine.

Woeringen était une forteresse sur les bords du Rhin entre Cologne et Neuss. La bataille se déroula le 5 juin 1288. Opposés aux Brabançons, les principaux chefs confédérés y trouvèrent la mort (Henri III de Luxembourg, son frère Waleran, Henri et Baudouin de Houffalize,...),  ou bien furent faits prisonniers (Adolphe et Henri de Nassau, Renaud de Gueldre,...). Après Woeringen, les guerres n'ont pas cessé entre les Brabançons et une branche de la famille de Limbourg, les seigneurs de Fauquemont. En 1334, une nouvelle coalition se forma contre Jean III de Brabant, petit-fils du vainqueur de 1288. Jean de Luxembourg fut fait Roi de Bohême par l'Empereur d'Allemagne, Henri VIII, fils aîné de Henri III de Luxembourg. Il comptait parmi ses alliés, Louis de Nevers, Comte de Flandres. Cette guerre de succession des duchés eut des conséquences nombreuses sur nos villages.

La famille des d' Antine exerça ses droits jusqu'en 1671. A la mort de Marie d' Antine, le 8 juin 1671, dernière descendante de la lignée, l'Avouerie passa à la famille des de Wal. Joseph-­Alexandre, Baron de Wal (1739-1806), époux de Marie de Haultepenne, émigra en 1792 durant la Révolution française. Il fut le dernier Avoué d'Anthisnes.

Le Seigneur d'Anthisnes était bien plus qu'un simple grand propriétaire. Comme l'indique J. de Chestret dans son étude de 1904, «ce qui le met hors pair, c'est qu'il a la haute, moyenne et basse justice, c'est- à- dire la prérogative d'établir un tribunal connaissant des affaires civiles et des affaires criminelles»

La charge disparue, l'ancienne résidence des voués, abandonnée depuis longtemps et devenue la propriété de Marie-Philippine Elisabeth de Wal, fut vendue en 1851 aux Barons Auguste et Edouard de Waha-Baillonville. Après l'incendie de 1897, le «Vieux château» fut acquis par une société qui transforma les dépendances en petites maisons ouvrières.

En 1912, l'ensemble du domaine fut morcelé et,  en 1928, le curé Peeters devint le propriétaire du château et le céda à la paroisse et aux «Oeuvres sociales chrétiennes».

En 1968, vingt ans après en être devenue propriétaire, cette asbl, ne pouvant faire face aux charges, céda ses droits à une nouvelle asbl,«l'Avouerie d'Anthisnes» qui assure l'entretien et la restauration du bâtiment, l'anime et veille en général à la préservation du patrimoine local.

Le «Bois de Tolumont», complément au pouvoir judicaire

Le Bois de TolumontNous ne pouvons terminer ce tour d'horizon de l'Avouerie sans ajouter le complément à son pouvoir judiciaire, le bois de Tolumont et ses arbres de justice, rendus célèbres par la version romancée du «crime de Tolumont» entré dans le patrimoine littéraire local par le talent de différents auteurs, et en particulier par la bande dessinée qu'Arthur Piroton publia en 1951 en épisodes dans le journal «La Cité».

La ferme située à l'orée du bois, et où se trama le crime, est une bâtisse isolée du XVIIe siècle, en moellons de calcaire, remaniée et agrandie, disposant ses bâtiments en ordre dispersé autour d'une cour partiellement pavée.

 Au Nord se trouve l'important volume du logis et de l'étable sous une seule toiture à petites croupes typiquement condruzienne. A l'opposé, la grange est ouverte d'une porte charretière tandis qu'à l'Est se trouvent des étables de quatre travées limitées à gauche par un chaînage et vraisemblablement agrandies dans le courant du premier tiers du XXe siècle.

 

 

 

 

Le Donjon : Tour de défense d’Anthisnes des XIIe et XIIIe siècles.

Le DonjonEn bordure de route, l'imposant ensemble architectural s'articule autour du donjon. La date de sa construction reste controversée. Pour certains historiens, Thomas-Corbéal d'Antine en fut le bâtisseur à la fin du XIIIe  siècle. Pour d'autres, il fut élevé fin du XIIe, début du XIIIe siècle.

De plan carré, haut de cinq étages, aux murs de moellons calcaires irréguliers, épais de plus de deux mètres, la tour de défense d'Anthisnes n'a quasiment jamais été modifiée au cours des siècles. Lors de son édification, la toiture à deux pans était en pierre. On en voit encore des traces tant à l'intérieur que sur les façades Nord et Sud. Après sa prise qu’il subit  par Jean de Bohême en 1334, le donjon fut  exhaussé par des créneaux sous un toit à quatre pans.

La toiture actuelle d'architecture Louis XIII date de 1757; les poutres gravées de la charpente en attestent.

Le DonjonLe rez-de-chaussée, jadis aveugle, est couvert d'une voûte en berceau et desservi par une porte,  datant du XVIIe ou du XVIIIe siècle, ou peut-être aménagée avec des éléments de récupération de cette époque.

Pour accéder au premier étage, nous prenons l'escalier secret inséré dans l'épaisseur du mur Nord. L' accès primitif du donjon s'ouvrait au premier étage. Cette porte cintrée par laquelle on entrait dans la forteresse à l'aide d'une échelle, est encore visible de la cour. Les quatre étages supérieurs étaient éclairés parcimonieusement par de petites baies, dont quelques-unes sont aujourd'hui murées. On peut encore voir, à côté des créneaux et des  meurtrières, les sièges en maçonnerie qui servaient aux guetteurs.

Des souterrains s'ouvraient sous le donjon en direction de la ferme seigneuriale et vers des avant­-postes disparus au lieu dit «Entre les murs».

 

 

 

 

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